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Histoire du Wushu : introduction

BodhidharmaLa civilisation chinoise actuelle est forte d’un héritage de plusieurs milliers d’années. Il est donc parfois difficile de retracer les origines d’un art ou d’une tradition. Il est fréquent, toutefois, d’en attribuer le mérite à un personnage historique. Il en va de même pour les arts martiaux : ainsi, le Taiji est considéré comme ayant été créé par un moine taoïste et le Wushu de Shaolin comme ayant été fondé par Bodhidharma.

Cependant, l’histoire des arts martiaux est d’autant plus difficile à retracer que sa transmission comportait plusieurs contraintes et rencontrait divers obstacles. Tout d’abord, une grande partie de la population de la Chine ancienne était incapable de lire et écrire ; les différents styles de Wushu se transmettaient donc oralement, de professeur à élève. Parmi les rares écrits retrouvés, de nombreuses informations essentielles manquent, des erreurs apparaissent, ou encore la diversité des dialectes compromet la clarté du contenu.

Par ailleurs, les pratiquants d’arts martiaux se montraient très conservateurs et ne révélaient guère leur art à d’autres personnes que leurs élèves, ce qui a contribué à auréoler de mystère l’histoire des arts martiaux chinois.

Enfin, de tout temps, des pratiquants d’arts martiaux ont été persécutés par des gouvernements. Pour échapper aux autorités ou à leurs ennemis, il leur arrivait de changer de nom et de se retirer pour mener une vie d’ermite, ce qui n’a fait que compliquer les recherches en la matière.

Ces différents obstacles expliquent les nombreuses explications et légendes entourant l’histoire du Wushu. Toutefois, de nombreux archéologues, historiens et pratiquants d’arts martiaux, ont tenté d’apporter davantage de cohérence à ces récits. Leurs recherches ont ainsi permis de retracer l’histoire du Wushu depuis l’époque préhistorique.

Au commencement de l’humanité, le besoin de nos ancêtres de chasser pour se nourrir et de se protéger contre les attaques d’animaux sauvages et de tribus ennemies les a amenés à développer une forme d’habileté au combat. Ainsi, l’instinct de survie s’est mué en art de la guerre, consistant à développer toujours plus de techniques offensives et défensives. Ces techniques constituent en Chine les prémices du Wushu.

Avec l’évolution de la civilisation, on observe une progressive diversification des tâches et la systématisation d’un enseignement spécifique à chaque activité. Les arts martiaux sont donc intégrés à une organisation militaire, destinée à assurer la défense ou à atteindre des objectifs spécifiques.

Ainsi, le Wushu était utilisé pour « dompter » la nature (activités agricoles, chasse,…), pour combattre, mais également pour renforcer les capacités physiques des pratiquants, améliorer leur endurance ou leur résistance aux maladies. Des recherches mentionnent qu’à l’époque préhistorique des chefs encourageaient leurs troupes à s’exercer en combattant des ennemis imaginaires. Ces exercices ont été peu à peu synthétisés et collectés, et ont donné naissance notamment aux taolus de Wushu.

Kung Fu, Wushu : quelle différence ?

Le mot Kung Fu nous vient d’un dialecte de la région chinoise de Guangdong; « da gongfu » signifie alors pratiquer le wushu. Popularisé au travers du cinéma, en particulier dans les films de Bruce Lee, et par le biais de son enseignement à l’étranger, le mot est devenu plus familier aux oreilles du public occidental. Néanmoins, dans les faits, Kung Fu et Wushu sont deux termes recouvrant la même réalité.

En chinois standard, « gongfu » signifie également « temps ». Comme dit le proverbe : « Si vous avez le gongfu (temps), passez-donc ». La maîtrise du gongfu s’obtient par la pratique assidue sur la base de méthodes appropriées, tout en ayant conscience que seules des années d’efforts constants y mènent. De nos jours, pratiquer le wushu et pratiquer le gongfu sont deux activités sensiblement identiques.

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Les valeurs du Wushu

La courtoisie et le respect de l’étiquette font la nation chinoise.

Depuis des siècles, l’étiquette, [li], est au cœur de la culture chinoise traditionnelle et le symbole de l’esprit humaniste chinois. Le concept souligne le pouvoir de l’intégrité morale, faisant de la morale, [de], la ligne directive de l’étiquette. La morale, [de], est l’âme de l’étiquette. La stabilité et l’harmonie d’une société dépendent de la morale. Le wushu a fortement contribué à promouvoir cette morale. Comme le dit ce proverbe : « Apprends la morale avant d’apprendre le wushu, cultive tes vertus avant le wushu ».

Le wushu veut que l’éthique martiale occupe une place centrale dans l’apprentissage. Depuis la naissance du wushu, l’éthique a constitué une condition nécessaire à toute personne désireuse de se former. Cette éthique s’exprime à travers les activités du wushu et englobe un certain nombre de codes moraux ainsi que de critères auxquels doit se plier tout pratiquant. L’éthique a une forte influence sur le pratiquant, son esprit, son caractère, sa conscience et ses aspirations. L’idéal du wushu est l’unité entre morale et habiletés, en tant qu’elles sont des qualités liées et inextricables qui font un grand pratiquant.

Des traces de cette éthique martiale existent dans la littérature ancienne, bien que le terme n’ait été appliqué au wushu que bien plus tard. La morale, [de], est un concept abstrait, invisible et intangible, mais néanmoins bien réel. Afin de cristalliser ce concept, il fallait éditer des règles de conduite, ce qui a donné l’étiquette [li].

bienveillance [ren], droiture [yi], étiquette [li], loyauté [xin], et courage [yong]

La substance de l’éthique martiale comprend les concepts suivants : bienveillance [ren], droiture [yi], étiquette [li], loyauté [xin], et courage [yong]. L’artiste martial doit faire preuve de ces qualités dans sa vie sociale, aussi bien dans l’enseignement et l’apprentissage que dans l’exécution des arts-martiaux. Toujours modeste, il doit être prêt à apprendre et témoigner du respect à son enseignant. Tolérance et générosité le caractérisent, il est également honnête et tient parole. De plus, il ne devrait jamais faire aux autres ce qu’il ne souhaite pas se voir infliger. L’idée que la morale passe avant la pratique, et qu’il faut l’enseigner avant tout au risque de ne rien pouvoir transmettre de son art, revêt toute son importance au moment de choisir un disciple ou de se reconnaître un maître.

L’artiste martial doit posséder ce qu’on appelle [shoude], [koude] et [gongde], respectivement, la morale en main, à la bouche, et en public. A savoir :

– ne jamais blesser l’adversaire en compétition, ne jamais provoquer une rixe, s’arrêter au point de contact.

– n’avoir jamais de mot blessant pour autrui

– avoir le sens de la responsabilité en société, respecter et observer les lois, user de sa force pour défendre les plus faibles, rendre justice à ceux dans le besoin.

A travers tout ceci, le wushu surpasse la simple habileté pour devenir un mode de vie, et il est perçu en tant que philosophie. Le wushu exige d’une personne qu’elle réunisse corps et mental dans l’harmonie.

Cette foi commune est partagée par des pratiquants chinois de wushu depuis des générations. C’est la manière la plus simple de contrôler le comportement des pratiquants. Au cours de la longue histoire du wushu, cette culture a été transmise aux générations suivantes, leur permettant d’incorporer l’éthique à leur mode de vie et leur manière de penser, à leurs principes et leurs habitudes. Cette culture du wushu est devenue une part important de l’éthique chinoise.

Philosophie du Kung Fu

Le wushu, plus qu’un simple entraînement au combat, est une véritable école de la vie, il prépare son pratiquant en éduquant son corps et son mental. Le wushu fournit les conditions nécessaires à la maîtrise et à la compréhension de son propre corps et de son esprit. Dans le wushu, la santé de l’esprit est aussi importante que celle du corps. Un pratiquant d’arts martiaux surentraîné, mais dont l’esprit ne serait pas calme, est une bombe à retardement. Un bon pratiquant doit avoir bonne santé et bon caractère. S’il devient violent ou indiscipliné, c’est qu’il s’est écarté des valeurs traditionnelles du wushu.

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Le salut

Le salut, signe de respect.

Salut

Les pratiquants d’arts martiaux ont pour coutume de se saluer lors d’une rencontre. Cette tradition est intrinsèquement liée à la pratique du Kung Fu traditionnel chinois et dénote un respect mutuel pour l’habilité et les compétences de l’autre.

Le salut possède également un côté pragmatique. Pour les anciens pratiquants, qui s’avéraient être très prudents, se serrer la main pouvait être considéré comme une menace ou une incitation à l’offensive. Les guerriers, qui se méfiaient des attaques surprises, évitaient ainsi tout contact avec les gens peu scrupuleux. De nombreuses techniques de Qinna débutent d’ailleurs en se serrant la main.

En 1986, la république populaire de Chine vit l’uniformisation du salut au Kung Fu. Ce salut est à peu près le même que celui utilisé dans le style Shaolin du nord. La main droite forme un poing. Le pouce de la main gauche est replié, les quatre autres doigts sont serrés et droits. La paume de la main gauche se place au dessus du poing. Le poing et la paume, au même titre, sont situés à environ 20 ou 30 centimètres de la poitrine, coudes repliés et avant-bras formant un cercle. Les mains se portent à hauteur de la poitrine. Les pieds, ainsi que les genoux, sont droits. En station debout, le pratiquant a les yeux sur la personne qu’il salue.

La signification la plus courante du salut veut que le poing représente son habileté martiale et la paume qui le recouvre montre son civisme. La définition moderne établit que le poing droit désigne le dévouement à la pratique des arts-martiaux, qui sont utilisés pour sympathiser avec autrui. Le pouce gauche est replié par humilité. Les chinois préféreront se pointer du pouce plutôt que de l’index comme le feraient les occidentaux. Pour un chinois, un pouce relevé à la manière occidentale servirait à se désigner comme le numéro un. Ainsi, un pouce replié signifie que le pratiquant n’est pas le numéro un. Auquel cas l’étiquette martiale impose de toute façon d’être trop humble pour l’admettre. Les quatre doigts symbolisent l’union du Kung Fu à travers les quatre mers (ou points cardinaux).

Il convient de saluer lorsque l’on accueille ou que l’on quitte son professeur afin de témoigner le respect dû à son enseignement. On salue à l’entrée et à la sortie du tapis. On salue ses camarades d’étude, signifiant par là que l’on consent à travailler ensemble afin de perfectionner ses connaissances. Il convient également de saluer le professeur avant qu’il ne salue.

Une fois acquise l’habitude du salut, ce geste doit survenir automatiquement chaque fois que les circonstances l’imposent, sans qu’on ait à le demander.